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Quand on parle du loup : 4 ans de Tendre Meute

Les loups sont entrés dans Paris. Ils ont quitté leur forêt d’antan pour un monde plus chic et urbain.

Pas de quoi nous effaroucher, bien au contraire, puisque nous allons assister à la projection de « Narcissiques », leur dernier bébé tout juste mis au monde. Pour comprendre le collectif, une seule voie : un plongeon en eaux troubles, entre deux parts de gâteau et une interview.

 

Dans la salle de la Bellevilloise, le public accueille avec chaleur les membres de la Tendre Meute. Ce collectif pluridisciplinaire fondé par Maud Ferron et Coline Béal n’en finit plus de courir les scènes parisiennes. La soirée a quelque chose d’un peu particulier puisque l’on vient fêter les 4 ans d’activisme artistique de la horde. Au programme : musique, projection, impros sur scène, paillettes, Céline Dion et beaucoup d’amour. Oh oui beaucoup ! L’effervescence était au rendez-vous. Nous aussi.

 

 

 

 

 

Le titre Narcissiques apparait sur fond sous-marin et la salle devient silencieuse. Passée la première impression, force est de constater quelques contradictions. Si le clip me fascine grâce à ses images oniriques, il déroute par des scènes de violence excessive. Les personnages principaux sont un frère et une sœur. Pourtant, leurs rapports paraissent complexes et décousus, et leurs émotions semblent se confondre. L’amour et la violence suintent par tous les pores dans le monde rugueux des pêcheurs : le poème se déroule, la fille coule. Finalement, peut-être qu’il n’est pas nécessaire de sur-intellectualiser? Je me laisse porter par la musique lancinante de Silens et son aspect technique, tout à fait maîtrisé. Après quelques minutes, Narcissiques a réussi à m’arracher à la Bellevilloise et à me transporter sur un bout de littoral battu par les vents.

 

 

 

Une fois le clip applaudi, les trois comédiens, Maud, Coline et Léo viennent mettre le feu sur scène. Il faut dire qu’ils ont le chic pour s’accaparer l’attention du public grâce des improvisations joyeuses et tragi-comiques, des strip-teases en chat perché, ou encore avec  des karaokés dignes de fin de soirée, sans parler des roulages de pelles à n’en plus pouvoir. Personnellement, je retiens la danse de Léo Pochat, hésitante et légère, le monologue des peurs qui énumère le drôle, l’absurde, mais aussi le vrai. Et surtout, la joie, hautement transmissible des trois comédiens qui achève de foutre un bon smile à toute la salle. Hors ces moments, le reste me paraît un peu simple, presque répétitif. Mais, lorsque le gâteau arrive, c’est un vent d’allégresse qui souffle les bougies… Réflexion faite, malgré une tendance à crier à la lune, on se sent inclus dans cette meute décidément bien tendre.

 

 

 

 

 

 

 

Mauvais : Pourriez-vous nous parler un peu de votre meute, de vos débuts?

 

 

Maud : Nous avons commencé par le biais du collectif Syncrétique, des amis de longue date, qui organise des évènements mélangeant différents arts en soirée. La première soirée était au Batofar et ils m’ont demandé de préparer quelque chose, sans trop savoir quoi, juste en sachant que je faisais du théâtre.
J’étais à ce moment là à l’école avec Julien Kosellek, un professeur qui m’a ouvert les yeux sur beaucoup de choses. C’est là que j’ai rencontré mon amie et partenaire Coline.

 

Coline : Au départ on tâtonnait, cherchait quelque chose qui plairait à des gens qui ne viennent pas voir du théâtre mais qui viennent en soirée. Sur cette première date on était quatre, c’était un premier jet de ce qu’allait devenir La Tendre Meute, encore fragile, mais les gens on adoré! Petit à petit on a trouvé nos marques, notre style et ce désir de mêler les disciplines au fil des rencontres et des lieux qu’on nous proposait! Au départ c’était une date, puis c’est devenu La Tendre Meute.

 

Maud : Et voilà, on vient de fêter nos 4 ans..!

 

 

 

 

 

M : Dans vos impros vous parlez pas mal du sud et des vagues, le clip est évidemment ancré dans cette mer qui semble vous fasciner. Ça vous vient d’où?

 

Coline : Je ne viens pas de la ville et j’ai toujours besoin de nature et c’est ce qui m’inspire le plus. Je fais beaucoup de surf et de voilier. Je suis bien en mer, elle me fascine. J’y passe beaucoup de temps, je m’y sens très libre. La mer est un espace de fuite. Elle attire et effraye. La mer caresse et brise. Ce sont ces contradictions qui nous plaisent.

 

Maud : Tout peut être calme et violent la minute d’après. C’est la douce violence. L’eau est un univers dans lequel on se sent bien, qui nous apaise et nous inspire. Elle m’évoque beaucoup mon enfance et ma famille.

 

Coline : Pour le clip, Maud connaissait bien le Crotoy pour y avoir passé un peu de son enfance et a encore de la famille là-bas qui nous a hébergé. Cela semblait alors logique d’aller y tourner ce clip, surtout que les paysages y sont très cinégéniques.

 

 

 

 

 

 

Ce qui interpelle, c’est la pluridisciplinarité de votre projet. C’est quelque chose que vous avez mis en place ou bien chacun est un peu arrivé avec son talent pour nourrir les autres?

 

 

Maud : C’est clairement quelque chose qu’on a toujours recherché, j’ai fait 9 ans de solfège, de danse classique puis moderne, du piano, et il est impossible de ne pas mêler ces disciplines à la Tendre Meute en plus du théâtre. Les loups qui rejoignent la meute nous proposent leurs talents, quels qu’ils soient et nous créons avec ces nouveaux outils. C’est pour ça que la création change si la personne change. Chacun à son identité et sa place dans la meute et crée en fonction de son caractère, sa sensibilité, ses émotions, son talent, ses envies…

 

Coline : Le théâtre seul ne nous suffisait pas pour nous exprimer, ni la musique. On a créé notre propre moyen d’expression qui mêle plusieurs disciplines et brouille les pistes. On s’est nourri des talents de ceux qui intégraient la meute et cette pluridisciplinarité on la porte comme un étendard, c’est ce qui nous représente et ce qu’on revendique. On ne peut pas nous mettre dans une case et je crois que cela nous plaît ; parfois c’est difficile car les programmateurs n’y sont pas habitués et ne comprennent pas vraiment ce qu’on fait. Mais c’est cette liberté brute qu’on veut garder.

 

 

 

 

 

Plus belle découverte de 2018 (tout savoir confondu) ?

 

 

Maud : Ava de Léa Mysius, la boxe française, les Pouilles en Italie et Dylan Long Cho mon tatoueur et artiste.

 

 

Coline : Grande de Vimala Pons et Tsirihaka Harrivel, le festival intergalactique des bateaux-spectacles à Locmiquelic, Braguino de Clément Cogitore, les chèvres dans le Jura, le longboard à Paris.

 

 

L’autre soir on a senti beaucoup de revendications dans vos textes, une ode à l’amour principalement puisque c’était vos 4 ans. Mais quid des problématiques écologiques et politiques actuelles? Est-ce que ce sont des sujets que vous cherchez à questionner à travers vos œuvres?

 

 

 

 

Maud : C’est vrai qu’on a beaucoup de facilité, d’envie et de besoin de parler d’amour. C’est quelque chose qui touche tout le monde, quelles que soient les générations. On a besoin de s’exprimer à travers ce thème qui d’ailleurs revient toujours, même si notre inspiration de base est tout autre, on en revient à ça, l’amour. Les problématiques actuelles, on en discute énormément entre nous depuis toujours et on a de plus en plus envie d’en parler dans nos créations. Et surtout on commence à s’en sentir capable.

 

 

Coline : Maintenant qu’on a traité de sujets assez universels (l’amour, l’enfance, la violence…) on aimerait aller vers de vrais sujets sociétaux actuels. Si on fait ce métier c’est aussi pour faire bouger les choses! Mais ce sont des thèmes difficiles à aborder de façon frontale, alors on cherche la bonne approche pour se lancer ; l’écologie et la crise migratoire sont des sujets qui nous intéressent énormément.

 

 

 

 

 

 

Texte Nina. Photo Adèle.

 

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Art . Cinema

Quand on parle du loup : 4 ans de Tendre Meute

Par Nina Carracilly

Oct 2018


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