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Scandales papaux: autopsie d’une crise

Journaliste spécialiste de la diplomatie du Vatican, Constance Colonna-Cesari, rentre à l’instant de Rome. Dans le climat de scandale qui éclabousse l’Église catholique tel que les affaires de pédophilie, de cardinal américain acceuillant des séminaristes jusqu’à 5 dans son lit, du recensement des 300 prêtres pédophiles en Pensylvanie, ou plus récemment encore, d’une lettre de 11 pages écrite par un ancien Ambassadeur du Vatican à Washington s’indignant que le « lobby gay » fasse la loi dans l’Eglise… Mauvais ne résiste pas à la tentation de lui tendre notre micro, ou la plume.

 

 

 

 

S’il n’y avait qu’une question : le pape François est-il finalement aussi corrompu et complice que ce clergé dont il est à la tête ? Continue-t-il vraiment d’étouffer des affaires ? Et ceux qui réclament sa démission aujourd’hui -parce que oui, pour la première fois dans l’histoire, des hommes en soutane ont réclamé que le pape laisse la place!- ont-ils raison ?

 

Lola Reboud / (c) Hans Lucas

 

Que se passe-t-il à Rome ? On se croirait revenu au temps des Borgia, non ? C’est un nouvel épisode de la série des « Vatileaks », on entame la saison 4, c’est ça  ?

 

 

CCC : Les scandales, les complots, les dénonciations, ce climat surréaliste actuel avec les attaques directes contre le pape François interviennent, il faut le dire au pire moment pour lui. Et il ne s’en défend pas très habilement, il faut aussi le reconnaître. Exemple : sa petite phrase prononcée dans l’avion au retour de Dublin sur les enfants présentant des tendances homosexuelles dont il faudrait que leurs parents les emmènent voir un psychiatre. Une petite phrase que personne n’a comprise. Ou ses demandes de pardons répétés  pour les crimes de pédophilie commis par des membres de l’Eglise, sa lettre au peuple de Dieu et tous les actes qu’il multiplie dans ce sens. Le problème, disent ses détracteurs, et aussi bien sûr en premier lieu les victimes de ces crimes : c’est que ce ne sont que des paroles, et qu’au fond, dans les faits, les choses ne bougent pas assez vite. C’est pourquoi l’Irlandaise Maria Collins, une femme elle-même victime d’abus sexuel de la part d’un prêtre dans son enfance, avait fini par démissionner l’année dernière de sa fonction de Présidente de la Commission créée par le pape pour  élaborer des nouveaux dispositifs de justice interne à l’Eglise, sur ces affaires.  Cela n’allait pas assez vite à ses yeux. Mais d’une certaine manière, la lutte contre la pédophilie dans l’Eglise, qui est un défi majeur du pontificat de François, n’ira jamais assez vite aux yeux de l’opinion publique mondiale, c’est malheureux mais c’est évident…

 

 

 

 

Ça tape particulièrement fort en ce moment, pourquoi ? On cherche à affaiblir le pape, et il semblerait que ça marche très bien ! Mais qui sont ses ennemis ?

 

 

Entre un voyage au Chili l’année dernière entaché par le cas d’un évêque que le pape avait maintenu à son poste alors qu’on l’avait informé que celui-ci couvrait les agissements d’un prêtre pédophile dans son diocèse, et ce voyage en Irlande, fin août, un pays dans lequel les affaires de pédophilie qui ont fini par éclater après des décennies de silence ont profondément ébranlé toute l’Eglise, l’affaire de la révélation du cas du Cardinal américain ne pouvait pas plus mal tomber pour lui… Elle est le fruit d’un homme, Monseigneur Carlo-Maria Vigano, par lequel avait éclaté les premiers « Vatileaks », sous Benoit XVI? C’est cet homme, à l’époque Gouverneur de la Cité du Vatican qui avait révélé que le sapin de Noël et la crèche installés place Saint-Pierre chaque année étaient facturés entre 300 000 et 600 000 Euros à la Cité du Vatican ! Il voulait en informer le pape pour dénoncer la corruption de l’IOR, la banque vaticane. Bilan : il s’était vu écarté de Rome par le Secrétaire d’État de l’époque, le cardinal Bertone, un homme aujourd’hui à la retraite, mais dont Vigano se venge ouvertement encore aujourd’hui dans ses nouvelles révélations en le plaçant au cœur de ce « lobby gay », existant toujours selon lui à l’intérieur du Vatican et continuant d’officier avec la bénédiction du pape François…. Autre membre de ce lobby gay, justement, le fameux cardinal américain Mc Carrick, dont Vigano soutient que le pape Benoît l’avait sanctionné en le destituant de ses fonctions, et que le pape François aurait au contraire réintégré à sa dignité et dans toutes ses fonctions. Alors, vrai ou faux ?

 

L’accusation est d’autant plus grave pour le pape François que Vigano avance aussi qu’il détenait de sa bouche toute l’information sur ses agissements avec ses jeunes séminaristes dans sa maison de Newark… En réalité, quoique dise Vigano, un fait plaide contre ce qu’il avance : le Cal Mc Carrick n’avait pas pu être véritablement sanctionné par Benoît XVI, puisqu’il était présent à Rome lors du Conclave qui avait élu François, en 2013 ! (Il l’est maintenant, mais depuis juillet 2018 seulement, une sanction bien tardive en effet, en attendant les suites de l’instruction des affaires dans lequel il est accusé)

 

 

 

Dans une lettre de onze pages Mgr Carlo Maria Vigano affirme que le pape François était au courant dès 2013 des agissements du cardinal Theodore McCarrick, lourdement sanctionné en juillet dernier par le Vatican. / Emanuela DE MEO/CPP/CIRIC/Emanuela DE MEO/CPP/CIRI

 

 

Mais cerise sur le gâteau : Vigano, ancien Nonce apostolique à Washington, c’est-à-dire ambassadeur du saint-Siège aux Etats-Unis, conclue sa lettre de 11 pages en demandant la démission du pape François, que d’autres évêques américains se mettent à leur tour à réclamer dans son sillage. Sera-t-elle suivie d’effets ? Bien sûr que non. Ou du moins, pas dans ce contexte, ni sous cette menace (car le pape François a annoncé dès le début de son pontificat en 2013 qu’il poursuivrait l’exemple de Benoît XVI en renonçant à son tour, mais quand l’heure sera venue, i.e. pour des questions d’âge et d’énergie.).

 

 

Je crois en effet que cette nouvelle affaire est le fruit de plusieurs foyers de frondes qui malheureusement pour lui s’additionnent… Des ennemis, ce pontife s’en est faits depuis le 1er jour de son apparition au balcon de Saint-Pierre ! Les néo-conservateurs américains ont été les premiers à sortir de l’ombre en le traitant de marxiste, une accusation qui fait sourire quand on connait le parcours de Jorge Mario Bergoglio, mais qui se focalise sur sa vision du libéralisme, de l’argent roi, des problèmes d’emploi ou même maintenant aussi d’écologie, puisque cela divise profondément la vie politique aux Etats-Unis et les intérêts économiques qui sont derrière. Une Amérique blanche catholique ne supporte pas non plus un pape argentin, favorable à l’accueil des migrants hispaniques aux Etats-Unis et qui ne s’est même pas exprimé contre l’avortement lors de son intervention devant le Congrès américain, en septembre 2015. Impardonnable pour eux ! De plus, ses récentes nominations d’évêques au sein de la puissante -et très riche- conférence des Evêques américains divisent encore au point que certains parlent désormais de risque de schisme… Que certains de ces nouveaux évêques soient ouvertement pro LGMT ne calme pas les esprits, en relançant ce vieux serpent de mer du « lobby gay » interne au Vatican. 

 

Jude Law in the role of Pie XIII (The young Pope » by Paolo Sorrentino)

 

 

 

Les oppositions ouvertes contre certaines évolutions sur le terrain de la famille ou de sacrements ont débouché sur une contestation latente de l’ensemble de son pontificat, sur le plan doctrinal et moral, et le climat de scandale actuel reflète donc bien cette addition de plusieurs foyers idéologiques qui se rejoignent en se renforçant, actuellement.  Or ce foyer américain n’est pas le moins dangereux. L’église américaine est celle par lequel le scandale de pédophilie est arrivé, à Boston il y a plus de vingt ans (Spotlight, etc. ). Et ses répercussions n’en finiront sans doute jamais. Car après la Pennsylvanie, chaque État d’Amérique promulguera sans doute un autre épouvantable rapport avec d’odieux chiffres et d’odieux actes d’abus sexuels d’enfants, sans parler de simples affaires de mœurs. Et demain, de telles affaires éclateront certainement en Afrique, un continent pour l’instant totalement épargné, mais pour de mauvaises raisons  : parce que la presse y est moins active et formée, que les associations de victimes n’existent pas, ou que la figure du prêtres ou de l’évêque reste surtout trop puissante encore pour que quiconque ose s’attaquer à elle. Mais jusqu’à quand ? Cette bombe à retardement explose au visage du pape François ces jours-ci, mais il ne sera sans doute pas le dernier.

 

 

La vérité est difficile à comprendre de chez nous : l’essence du droit canon ne concerne pas la protection des populations, il n’y a pas de population au Vatican, ce droit a au contraire été conçu pour protéger un monarque et un système… Même s’il évolue aujourd’hui sous la pression des opinions et du légitime désir de justice et de réparation porté par les victimes, il faudra une révolution culturelle et des générations derrière elle pour parvenir à une véritable transformation. Le pape incarne ce besoin de changement, il veut faire avancer l’Eglise, il demande pardon sur tous les tons, mais un  nouveau scandale le rattrape chaque jour en attendant…

 

 

 

 

 

 Mais on en dit quoi au Vatican ces jours-ci ? On pense que c’est une fatalité, on fait le dos rond, on ne répond pas ?

 

 

CCC: Le pape a dit : « je ne répondrai pas », ce que beaucoup lui reprochent évidemment. La réalité est qu’il est quoiqu’il fasse piégé. Qu’il parle ou qu’il ne parle pas… Comme lorsqu’on voulait affaiblir Benoît XVI, qu’on le laissait par exemple « desexcommunier » un évêque traditionaliste, et que le lendemain, sortait sur une télévision une interview dans laquelle l’évêque traditionaliste en question, Mgr Williamson, tenait des propos ouvertement négationniste ! C’était une fuite du Vatican spécialement orchestrée pour décrédibiliser Benoît XVI. Au lieu de le prévenir en lui disant « ne réintégrez pas cet évêque dans l’Église », ses collaborateurs lui cachaient des faits graves pour les ressortir contre lui au moment opportun. Les corbeaux, les complots, les scandales, les affaires de fuite, les peaux de banane partout pour faire trébucher un pape, c’est une grande tradition au sein de la curie romaine, un panier de crabes où n’officient en effet pas que de blanches colombes… La différence majeure que j’ai perçue, en étant à Rome ces jours-ci, est que derrière le pape François, c’est tout son staff de la Secrétairerie d’état qui est aujourd’hui directement visé. L’autre impact de tout ça, c’est que jusqu’à présent, c’était le pape qui menait les médias, c’était lui qui  faisait l’agenda, c’était son actualité à lui qui s’imposait. A la différence justement de ce qui se passait sous son prédécesseur Benoît XVI, au temps des premiers « Vatileaks ». Son pontificat se trouvait de fait ensuite toujours sur la défensive. Or ces jours-ci, la mécanique s’est inversée pour François : il est placé en position d’accusé, on le somme de devoir se défendre, et les médias ne parlent plus que de cela. A ce titre, l’objectif qu’ont recherché ses détracteurs est atteint : le pape est bien fragilisé dans son mandat. Pour l’instant du moins… 

 

 

 

 

 

Le lien vers la publication en français des plus larges extraits de la lettre de Mgr Vigano : 

 

 

« Pour libérer l’Église du marais fétide dans lequel elle s’enfonce »

 

 

 

 

 

 

 

 

. . . .
Pensées

Scandales papaux: autopsie d’une crise

Par Adèle Colonna Cesari

Sep 2018


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