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Loud&Proud : une histoire d’insoumission et d’étiquettes

Le festival Loud&Proud célébrant les cultures Queer s’est tenu à la Gaîté Lyrique le premier week-end de juillet 2019. Arrivée vendredi en fin de journée, les discussions et les débats ont pris fin et la soirée de concerts débute tout juste. Le troisième étage de la Gaîté a vibré au ton rose et nacré pendant quatre jours, avec des séries d’ateliers, de débats, de projections autour du thème – large – des trans-identités sexuelles. Parcourant les murs, quelques vidéos montrant les mouvements punk, voguing, marginaux des années 80/90… Et des photos d’humains portant des vêtements codés Queer.

 

 

Ce qui transparaît énormément et partout, ces temps-ci, c’est la classification des différentes cultures dans lesquelles on s’inscrit en codes d’apparence… Nous, individus agissant dans une société post-moderne complexe et bigarrée. On se rend à tel endroit, on se vêt comme ça. Si on va ailleurs, c’est moins bobo-chic et on va mettre un jeans troué au genoux acheté tel quel. On ne dira pas qui se charge de trouer les jeans de l’autre côté de la planète. On pourrait écrire un pamphlet ? Non. On sait tous d’où sortent nos attributs de mode, nos smartphones, nos maquillages à paillettes. L’idée, c’est de relayer simplement ici ce que montrent et dévoilent ces deux soirées passées à la Gaîté pour célébrer la communauté LGBTQIA. LGBTQIA stands for Lesbian, Gay, Bisexual, Transgender, Questioning, Intersex and Allies.

 

 

 

 

Public smart, majoritairement blanc et propre sur lui/elle/autre. Le bar est au centre de la pièce, les bières sont avec gluten et chères, comme le vin, les bionades au gingembre et les thés glacés. On croise une centaine de personnes a l’air détendu et mondain. Quelques personnes sortent du lot, par leur charisme ou la tenue qu’ils arborent, par les coiffures qu’ils portent. De 25 à 40 ans en moyenne, de taille moyenne, de culture élevée et de maîtrise des mondanités. Je ne me suis pas sentie totalement à mon aise. Non pas que se trouve un fossé entre ma culture rock underground gonzo et la culture bobo Queer déployée, mais davantage le sentiment d’un entre-soi qui se cherche encore et qui n’a pas besoin d’extérieurs pour s’enrichir. Pour le moment.

 

J’y perçois comme une timidité liée à la faille que crée ce bordel de codes et de modes comportementaux. Les regards, les attitudes, les paroles et les sourires, la façon de se tenir, les mouvement de mains et d’épaules… Tout a un sens en société. Si ce que les autres dévoilent ne rentrent pas dans un habitus régulier, nous avons tendance à observer avant d’agir, à écouter avant de dire. La timidité est une étape davantage qu’un état.

 

 

 

 

 

 

La programmation du vendredi soir a mélangé de la pop, de la new-soul, du rock presque punk et de la pop… Coup de cœur pour First Hate dont l’énergie sur scène a mis la fosse en mouvement, avec ses sonorités rappelant un Depeche Mode version 3.0. La DJette du hall a également envoyé du méta-steak, mélangeant des sonorités deep-techno à de la trance-Goa sortie d’un souterrain humide et dansant à souhait, signé Pauline Forte (Fils de Vénus).

 

 

L’espace concert de la Gaîté n’a pas présenté de choses mirobolantes en termes de décoration. Une scène, un public, des lights classiques. Maîtrisées et très pro, certes… Mais classiques. La basse a fait trembler le plancher de la salle ardemment – à tel point que la question de la prise de psychotropes m’a traversé l’esprit

, la fosse s’est mise à danser, proprement. L’intention du festival de la Gaîté se porte dans le partage et le développement d’une communauté qui lutte pour ses droits.

 

 

 

 

 

J’ai croisé quelques personnes intéressantes vers les stands lors de la soirée du vendredi. L’association de réduction des risques Le Kiosque a tenu le stand CheckPoint avec capotes, dépliants explicatifs sur les MST, bouchons d’oreilles et roule-ta-paille. Le mec qui s’en occupe est cool à souhait et on papote de son action préventive. Plusieurs lieux sont mis à la disposition des usagers et des personnes ayant une pratique sexuelle active, selon les cultures et les origines ethniques des publics. Dans le fond à droite du hall, un stand de manucure occupe le coin, pose de vernis notamment. Je rencontre alors une italienne de TomBoys Don’t Cry, collectif Queer milanais qui promeut les libertés en termes de genres et d’identités. Elles proposent de vernir les ongles des personnes pour créer un contact, entamer le dialogue avec les individus afin de dépasser la crainte que la communauté Queer et lesbienne provoque sur les personnes frileuses. Belle astuce.

 

 

 

 

Étant donné l’Histoire et la répression face aux personnes dont les habitudes sexuelles n’étaient et ne sont pas en accord avec la norme, il y a de quoi comprendre la méfiance et la faille entre les LGBTQIA et les humains ne revendiquant rien d’autre que la normalité sexuelle. À l’image de la défiance des femmes vis-à-vis des êtres de pouvoir. Des noirs face aux personnes qui les asservissent. Des pauvres devant les bourgeois. De tout un chacun qui a vécu – au travers de ses ancêtres, de son expérience ou de son imaginaire – la domination d’autres à son encontre. Pour autant, le fait de placer toutes les figures de la domination et du patriarcat dans le même panier semble être une erreur grossière. On est tous et toutes les victimes de la domination masculine capitaliste, les hommes y compris. Nombreux sont ceux qui aimeraient ne pas porter cette étiquette. Comme le fait d’être blanc ne devrait pas amener à porter l’étiquette de la domination européenne capitaliste. On est héritier d’une histoire, pas des conneries de notre purin d’arbre généalogique.

 

 

 

 

 

 

 

Vers 20h30, samedi soir dernier, les concerts ont débuté pour plusieurs heures de son s’enchaînant dans la salle de spectacle de la Gaîté. La musique qui passe n’est pas ma tasse de thé, le public a l’air de kiffer un max. Les plateaux se suivent et on retrouve dans le hall Cherry B Diamond (Carbone 17), DJette qui en jette. Qui tabasse l’air en y lançant des fréquences de rythmes sexy, gais, enjôleurs. Un parterre de dance-floorers envahit l’espace, rit, s’amuse, s’éclate. Dès lors, la fête prend tout son sens : « […] vous pourriez vous délivrer si vous essayiez, même pas de vous délivrer, seulement de le vouloir. » (É. de La Boétie). Aucun doute sur le fait qu’ils le veulent.

 

 

 

Le tableau des privilèges exprime un florilège d’aprioris ethno-centrés faciles. Ce qui effleure les zygomatiques bien plus que ce que raconte une nana dans l’espace fumeur, à savoir qu’elle part en vacances en Ardèche où elle pourra peut-être « découvrir des vaches », c’est la masse de monde présente à la Gaîté Lyrique, montrant à 97% les privilèges visibles notés sur le tableau. Seule la sexualité reste invisible, au final. Les codes vestimentaires et comportementaux la dévoilent, comme ils peuvent également la flouter.

 

«Le media est le message» M. McLuhan

 

 

 

 

Reportage & crédit photo : Moe Lesné

 


Musique . Pensées

Loud&Proud : une histoire d’insoumission et d’étiquettes

Par mauvais

Juil 2019


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