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Kisloty Club – Saint-Pétersbourg

Au Kisolty, la nuit du 2 Mars 2019, le visage de ce garçon tatoué du chiffre Pi – nombre irrationnel et transcendant – me restera à jamais en tête. Un fantasme : sa beauté dépasse le désir, c’est de la fascination. Les filles sont hypnotisantes. On s’abandonne à la Russie, les hommes sont captivants et la jeunesse hurle sa soif de liberté et de pouvoir sous les basses de la techno. L’énergie qui est présente dans ces salles sombres nous prend au corps et on ne peut que danser jusqu’à l’épuisement, on oublie la fatigue du trajet et des visites des jours précédents.

 

 

 

 

Ce n’est pas qu’une simple soirée en club pour se divertir, c’est un rassemblement engagé. La jeunesse prend le pouvoir dans un temple sacré de liberté. Tout le monde s’est apprêté; une fille nous dit qu’elle a conduit depuis Moscou pour cette soirée, ce sont environ 6 heures de route. Le maquillage, les vêtements, les mouvements de danse, tout est réfléchi… On se croirait à la sortie d’un défilé ou à un spectacle, mais sans l’idée de se donner un genre, il y a de la pureté dans les attitudes. Il n’y a pas d’arrogance, les gens ne se toisent pas, on ressent juste le fait que ce soir, c’est le moment d’extérioriser, d’être enfin nous-mêmes et d’arracher ce sentiment étrange de devoir contrôler qui on est pour rester dans les standards sans déranger. Comme à toute soirée, il y a la même atmosphère propre à cette culture de la musique électronique, mais ici, il y a quelque chose de plus. On comprend alors la chance que nous avons d’être là, à 22 ans, en Russie, en 2019, et que nous sommes en train de vivre un moment à part.

 

En plus du son, des gens, des rires et de la fumée de cigarettes, flotte une vague de revendications politiques. La jeunesse russe nous lance en plein visage qu’ils veulent briser les clichés sur leurs pays.

 

 

 

 

Sur les murs de la deuxième salle, comme des hiéroglyphes, des pictogrammes montrent une voiture de police entourée par deux mecs qui bandent : tout est dit, simplement, pour ne pas oublier qu’une orientation sexuelle n’est pas condamnable, que cette orientation n’est pas un choix.

 

Un message fort quand on pense qu’en Russie, l’homosexualité n’est plus considérée comme une maladie mentale depuis 1999, et qu’en 2013 un texte de loi est voté interdisant la “propagande auprès de mineurs au sujet des relations sexuelles non traditionnelles”. Sans oublier les persécutions et violences homophobes qui ont lieu en Tchétchénie. En visitant la Russie on prend conscience de son passé politique, historique, culturel et religieux, il n’y a cas regarder son architecture, les symboles, les statues, les églises et le métro pour comprendre que ce passé est inoubliable. En tant que jeune, comment se faire une place dans une société encore ancrée dans ses anciennes valeurs, qui n’est simplement pas prête pour le changement ?

 

 

 

 

 

La génération que nous avons rencontré au Kisloty est une minorité de la population russe, bien sûr, mais elle témoigne de son ouverture sur le monde, du fait qu’elle évolue, fascine et inspire en dehors des frontières de leurs pays. Les réseaux sociaux jouent un rôle majeur dans la diffusion, le partage et l’envie de découvrir d’autres cultures. Malgré leur influence négative sur notre société, ils sont aussi un moyen de s’ouvrir sur l’extérieur, de rencontrer et de prendre conscience de la diversité du monde. La jeunesse l’a bien compris et c’est peut-être là, le fléau de la politique de Poutine. Les générations passées, pour qui la culture queer ou même juste cette consommation de fête et de musique électronique est inconnue, se heurtent à une nouvelle génération qui partage, échange et est pleine de curiosité. Le Kisloty est comme une bulle d’air sans restrictions, sans jugements ou peurs pour les adeptes du temple.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En sortant du club, on glisse sur le verglas de la rue en rigolant, mais un policier nous ramène vite à la réalité en nous disant d’un ton un peu sec qu’il faut marcher sur le trottoir, une jolie métaphore…

 

Marcher sur le trottoir, ne pas déranger, suivre la route…

 

Les jeunes que nous avons rencontré ce soir-là sont, pour moi, les icônes d’une religion moderne. La jeunesse russe hurle le soir, à Saint-Pétersbourg, un cri de rage. Ils tapent à l’œil et au cœur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La journée du 2 mars, on était dans des églises à regarder les gens embrasser les icônes et allumer des cierges en silence, le soir on était au Kisloty.

 

 

 

 

 

и​ ко́на​b (​russe)​ icône​ : Image religieuse sacrée, portative ou fixe. Les icônes ornent les

sites voués aux rites de l’Église d’Orient, présentes aussi en Occident.


 

Le contraste est fort entre cette journée dans les églises orthodoxes et le Kisloty, une église à part entière. On y célèbre des messes très paradoxales, mais à la fois si proches dans la dimension et la puissance d’une croyance, chacun à sa manière. Il y a un sentiment étrange à se retrouver là. La Russie la nuit et la Russie le jour : deux mondes distincts. La Russie de l’ancienne et de la nouvelle génération. Une jeunesse qui vit depuis toujours sous Vladimir Poutine, dirigeant la Russie depuis maintenant 19 ans.

La jeunesse est la période la plus importante d’une vie à mon sens. Rien ne fait plus peur qu’une jeunesse en colère. C’est ce moment où tu te prends une claque parce que tout devient à la fois plus clair et plus sombre.

 


 

line-up de la nuit du 2 mars :

Ron Morelli official (L.I.E.S., США)
Nastia Reigel
EL
Chronic Preview
Jealousy
Vetrov

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photos et texte par Inès LECOINTE.

 

 


Voyage

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Par mauvais

Avr 2019


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