BUCAREST

Par , le 30 janvier 2017.

J’avais toujours entretenu avec la Roumanie un rapport un peu fantasmatique – c’est à dire que je n’y avais jamais été, je n’en connaissais rien, mais j’avais de multiples attentes un peu vagues, surtout esthétiques. De fait il ne s’agit pas vraiment du pays que l’on conseille pour faire du tourisme, et pourtant il y a toutes les raisons de s’y rendre pour peu qu’on soit à la recherche d’autre chose.

 

J’ai atterri à Bucarest en plein mois de juillet, j’avais trouvé des billets trois jours à l’avance pour le modeste prix de 40 euros aller-retour au départ de Milan – d’ailleurs soit dit en passant, cette ville est un plan merveilleux pour prendre l’avion, et Milan-Paris Beauvais ça se fait pour seulement 12 euros. Il faisait absolument trop chaud dehors, de ce genre de torpeur torride qu’il faut affronter avec moiteur et courage. Les températures en Roumanie sont assez extrêmes et peuvent atteindre des différences de 60 degrés entre l’hiver et l’été. On m’a dit qu’il n’y avait pas vraiment de printemps et d’automne mais plutôt une espèce de longue transition par la pluie. Pour ces raisons je conseillerai quand même d’y aller en période estivale car les roumains aiment beaucoup vivre la nuit et que la température nocturne est si clémente qu’on peut agréablement vagabonder dans les rues à moitié nu(e). Sur ce point, j’ajouterai qu’aussi courte soit la longueur de ma jupe et errant seule quelquefois, je ne me suis jamais faite emmerdée à Bucarest, même bien moins qu’à Paris.

 

Les roumains sont par ailleurs très accueillants et ouverts d’esprit – bien que je doive cependant souligner le fait que la répression homosexuelle continue de se maintenir, et il est facile d’entrer en contact avec eux. J’ai remarqué que la plupart des gens que j’ai rencontré étaient assez surpris que j’ai choisi leur capitale pour y passer mes vacances, surtout habitant en France. De fait il faut dire qu’en 12 jours sur place, je n’ai croisé que deux autres touristes, un couple de japonais qui photographiait l’énorme Palais du peuple. Tout le monde me parlait partout en roumain malgré mes vêtements quelquefois très détonnants, et personne n’a eu l’air de penser au premier regard que j’aurais pu être une vacancière un peu égarée, ce qui est à mon sens très agréable à l’étranger.

 

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Ce que j’ai beaucoup apprécié aussi à Bucarest, c’est les grandes étendues désertes à travers la ville. Il faut savoir que beaucoup de jeunes quittent le pays, aussi la capitale se vide au fur et à mesure. Esthétiquement c’est très agréable, voire même méditatif si comme moi l’on n’aime pas trop la foule. Quand j’ai visité le musée d’art contemporain, j’étais absolument le seul être vivant en dehors des gardiens sur les quatre étages d’exposition.

 

Ce qui m’a marqué également c’est l’omniprésence des corbeaux. Dans certains parcs ils sont si nombreux qu’on pourrait se croire dans Les oiseaux d’Hitchcock. Quelquefois leurs cris couvrent jusqu’aux conversations téléphoniques. Cela participe à l’atmosphère très particulière que je fantasmais et que j’ai finalement trouvée dans sa substance : quelque chose de baroque et sauvage à la fois. Quelquefois tout semble en instance d’être abandonné, avec toute la poésie que cela peut suggérer.

 

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Il y a aussi quelque chose d’une Europe dépareillée, l’architecture se situe entre la France, l’Italie et l’Europe de l’Est. Partout en pleine ville il y a des vieux bâtiments merveilleux où, de la fenêtre du premier étage, les plantes reprennent leurs droits. Les sols sont irréguliers et indomptés, et l’on peut trouver des graffitis sur un immeuble déserté tout près d’une boutique de luxe. C’est la théorie des contrastes dans tous ses délices.

 

Les parcs sont également nombreux et chouettes, avec quantités de lacs et de saules pleureurs. Quelquefois il s’y organise des soirées, et c’est merveille de de regarder les petites tortues s’agiter à la surface de l’eau au lever du soleil.

 

 

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La fête à Bucarest est très bien, de fait bien mieux qu’en France si l’on a les bons tuyaux pour éviter les « cocalar » (leurs bolosses locaux). D’une part parce que comme presque chaque chose en Roumanie, elle coûte deux fois moins cher, d’autre part parce que leurs djs peuvent être franchement bons – certains se distinguent même désormais à l’international. Aussi parce que les roumains aiment beaucoup danser et ont une résistance à la fête très honorable. J’ai visité de beaux et vastes endroits où célébrer comme des pistes de danse sur des pontons dans des parcs, un moulin abandonné ou cet entrepôt désaffecté un peu magique où un arbre poussait à l’intérieur. Comme toutes ces terres encore dans une forme de transition politique, il y a une énergie différente qui resurgit dans la fête et qui la fait ressortir beaucoup plus indomptée.

 

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J’ai d’ailleurs l’espoir que d’ici 20 ou 30 ans Bucarest devienne le nouveau Berlin – suivant le mouvement naturel de la gentrification qui déportent les « créatifs » pauvres vers l’Est. Comme tous les pays post communistes, elle garde encore dans l’atmosphère des séquelles sensibles qui participent à son charme mélancolique. Je suis certaine que ses espaces un peu délaissés constituent la meilleure terre pour monter des projets. Il y a de la place pour vivre, la vie est deux fois moins chère qu’en France et la techno est bonne.

 

 

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