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Vampires ? Vous avez dit vampires ?!

Sortez vos pieux en bois et vos plus belles gousses d’ail et embarquez-vous dans un voyage au cœur des ténèbres ! Venez visiter ces endroits sinistres, meublés de cercueils, et habités par des créatures aux canines affûtées et assoiffées de sang ! Ce sont les clichés que nous évoquent nos amis vampires… Et pourtant, la pop culture en a fait un être métaphorique : le réceptacle de nos fantasmes, l’incarnation de nos angoisses, le symbole des dérives de notre société… Alors une question se pose : si l’on ne peut les voir dans un miroir, est-ce parce qu’ils sont le reflet de notre nature cruelle ?

Une nuit sans lune, Dieu créa le premier vampire : Lilith. Trahie par Adam, elle fut bannie du Jardin d’Eden. Elle rejoint alors la maison du diable et devient le premier monstre de la nuit. Au soleil couchant, Lilith se change en démon et part en chasse. Les jeunes enfants sont ses proies de prédilection, peut-être est-ce à cause de sa frustration de ne pas en avoir eu avec son bien-aimé. Voilà la genèse du mythe vampirique ! Fruit d’une trahison et d’une condamnation, cet être esclave de sa soif restera longtemps indissociable des religions.

Au cours de l’Histoire, les manifestations et les témoignages liés au vampirisme se multiplient… Comme lors des grandes épidémies de la peste au Moyen Âge, où l’on raconte que la nuit tombée, les mort·es sortent de leur tombe pour contaminer les vivant·es. Ou encore les invasions de Nachzehreren, des goules démoniaques qui terrorisent les habitant·es de l’Allemagne du XVIe. Ces êtres revenus d’entre les mort·es égorgent les vivant·es dans leur lit, seul un pieu planté en plein cœur peut en venir à bout. 

Matérialisation et personnification des questions existentielles, le vampire par son corps, son esprit et son absence de morale, dépeint nos tourments et le désenchantement de notre monde.

Une beauté glacée

Comment ne pas céder à la vue envoûtante d’un corps parfait comparable à une statue de marbre ? Ils nous rappellent ceux des dieux grecs sculptés avec ce matériau impérissable et glacé, témoignage de leur immortalité.
Pour reprendre les mots de Baudelaire au sujet du Beau, le vampire se peut se définir comme : 

“Quelque chose d’ardent et de triste, quelque chose d’un peu vague (…) c’est une tête qui fait rêver à la fois, mais d’une manière confuse, de volupté et de tristesse ; qui comporte une idée de mélancolie, de lassitude, même de satiété, soit une idée contraire, c’est-à-dire une ardeur, un désir de vivre, associé avec une amertume refluante comme venant de privation et de désespérance. Le mystère, le regret sont aussi des caractères du beau.”

Leurs victimes se noient dans leurs yeux sans âme, comme hypnotisées par leur grâce et leur trompeuse jeunesse. La beauté vampirique représente cette quête d’une fontaine de jouvence, ce désir d’un corps éternellement lisse, ferme, sans une once de cellulite ! Comme ces corps en papier glacé d’adolescent·es hypersexualisé·es sur les couvertures de magazine.

Dans Entretien avec un vampire, Kirsten Dunst n’a que 13 ans quand Tom Cruise et Brad Pitt la changent en vampire. N’est-ce pas là un avenir insoutenable ? Une torture morale et physique de se retrouver coincée avec ces vieux pervers centenaires ? Telle une Lolita macabre à jamais glacée dans ce corps prépubère. 

Une addiction à l’hémoglobine

Vous prendrez bien un petit shot d’hémoglobine servi dans un joli verre en cristal ? Histoire de planer un peu… Tous vos sens en seront décuplés et vous vivrez l’extase ! Seul petit bémol, votre raison de nonvivre dépend du meurtre d’un être de sang chaud.

Dans le film envoûtant, Only Lovers left alive, une histoire d’ivresse sanguinaire et d’amour entre Détroit et Tanger, la comparaison entre la drogue et le sang saute aux yeux ! De gros plans de pupilles qui révulsent, de bouches qui se gorgent de sang, qui gicle aux coins des lèvres rassasiées… L’overdose fatale pour nous, est vitale pour Adam et Eve, nos deux héros déchus.

Une éducation libertine 

Les vampires sont des êtres asservis par la chair, mais toujours élégants et raffinés. L’éducation vampirique rappelle de celle des libertin·es du XVIIIe. Un·e maître·esse choisit un élève et se donne pour mission de l’éduquer et de l’élever pour en faire un être parfait. Le vampire n’a que faire de l’ambition de “réussir” professionnellement, et son style de vie choque les âmes les plus pieuses. L’amour, la recherche du divertissement et la quête du plaisir sont ses principales préoccupations.

Pour les cinéastes et les romancier·es, la figure du vampire est la métaphore du romantique désespéré adepte de soirées libertines. Dans le Dracula de Coppola, on assiste à un théâtre orgiastique sans pudeur ni retenue. On se mord avec sensualité et rage, on plante ses crocs avec l’excitation d’un baiser préliminaire, on se suce le sang sans en perdre une précieuse goutte…

Tel un chat qui joue avec une souris, le vampire rit de la souffrance de sa proie. Ce prédateur scrute dans l’ombre les âmes fragiles. Sous le masque du grand romantique se cache donc le vrai visage du pervers narcissique. Edward Cullen, ça vous dit quelque chose ? Le mec chelou qui stalke Bella jusque dans sa chambre…

Mais n’oubliez jamais qu’un vampire ne peut passer le seuil de votre demeure, tant que vous ne l’avez pas convié ! Alors par pitié, ne l’invitez pas à dîner…

Une malédiction par le sang

Savez-vous comment transformer un·e humain·e en vampire ?

Voici la juteuse recette : plantez vos canines dans une partie du corps de votre victime et buvez passionnément son sang. Mais attention ! En prenant soin de ne pas tout boire cul-sec! Lorsqu’il ne lui reste qu’un semblant de vitalité, faites pénétrer votre propre sang dans son corps. Patientez quelques minutes et vous découvrirez votre nouvel apprenti vampire.

Catherine Deneuve suit cette fameuse recette à la lettre, car tous les 7 jours elle doit s’abreuver de sang frais afin de braver les blessures du temps. En 1983, dans Les prédateurs de Tony Scott, Deneuve pose son dévolu sur le merveilleux Bowie à qui elle choisit d’offrir l’immortalité.

Paradoxalement, cette immortalité n’est pas éternelle, elle prend fin lorsque Deneuve cesse d’éprouver des sentiments pour celleux qu’elle a condamné·es. L’amour est donc l’ultime ingrédient de l’alchimie subtile qui leur assure de ne pas vieillir. Les amant·es se jurent fidélité avec ce pacte de sang, un acte d’amour romantique.

Et pourtant, la recette de Deneuve nous laisse un goût amer dans la bouche… Un amour condamné, un pacte de sang… Tony Scott fait l’analogie du Sida qui a fait d’immenses ravages dans les années 1980, et malheureusement toujours d’actualité.  

“Le vampire du XIVe siècle est celui de la Peste, des épidémies qui ne peuvent être que surnaturelles. Le vampire de 1983 est celui du SIDA, dont on ne dit pas le nom mais le vieillissement incompréhensible de John (David Bowie) ne laisse que peu de place au mystère – la Progéria évoquée n’est qu’une brume fantastique”, Nicolas Bardot

Dans le milieu queer et underground, on meurt dans l’indifférence de cette maladie qui se propage tel un feu de paille. L’association Act up a dénoncé – et dénonce encore – l’inaction médicale, la marginalisation des personnes séropositives et les discours LGBTphobes qui manipulent l’opinion publique. Qui sont les vrais vampires ? Ne serait-ce pas celleux qui détruisent toutes formes de vitalité et d’expression ?

Et si c’était la société qui nous vampirisait ?

L’année 1989 marque le début de l’ère des Yuppies, ces jeunes cadres cyniques et dynamiques, obsédés par l’argent et la réussite. Dans Vampire’s kiss de Robert Bierman – un sombre conte moderne qui raconte la solitude, l’aliénation, la folie et les échecs amoureux d’un CDI ordinaire – Nicolas Cage joue à merveille le rôle d’un yuppie qui vampirise ses collègues de bureau. 

On connait toustes des Colins Robinson – voir What we do in shadows – ces vampires émotionnels qui absorbent notre énergie. Des sangsues qui nous épuisent psychologiquement avec des histoires interminables et qui plombent les dîner… (svp eux non plus ne les invitez pas !)

La rédemption

L’éternité n’est-elle pas un peu trop longue pour une vie sans espoir ?

Le chef-d’œuvre iranien, A Girl Walks Home Alone At Night, fait la synthèse parfaite du vampire moderne et du justicier. Dans une ville fictive d’Iran nommée Bad City – filmée en noir et blanc – une vampiresse portant un tchador arpente les rues de nuit sur son skateboard. Fille de Lilith, elle fait régner l’ordre dans la ville. Elle terrorise les enfants pour qu’ils restent sur le droit chemin, et tue les hommes qui ne respectent pas les travailleureuses du sexe. La réalisatrice Ana Lily Amirpour politise notre créature nocturne qui est alors porteuse d’un message progressiste et féministe.

Alors mythe ou réalité, dieux ou démons, gare à ta carotide ! Car on ne sait jamais ce qui peut surgir de l’obscurité !

Inès Lecointe


Art . Cinema . Histoire

Vampires ? Vous avez dit vampires ?!

Par Ines Lecointe

Nov 2021


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