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‘’Por la razòn o por la fuerza’’ : la lutte chilienne

 

Je pense que l’équilibre sera trouvé, mais dans cent ans, la mémoire est un travail lent’’.

 

C’est ainsi que Patricio Guzman, le cinéaste de l’histoire contemporaine du Chili, l’alchimiste des cordillères, s’exprimait il y a quelques années à propos de la situation politique de son pays, aujourd’hui plus que jamais dans l’agonie d’une recherche épuisée de la démocratie, du progrès social et d’une réelle autonomie économique. Le peuple chilien mène une véritable révolution contre son gouvernement depuis quatre mois et ne semble pas avoir l’intention de vouloir faire un pas en arrière.

 
Les causes de cette mobilisation sont nombreuses, complexes et évidemment plus du tout tolérables. Elles concernent la réforme des pensions, la question de l’eau publique, l’ajustement du salaire minimum, le contrôle accru des ressources naturelles et les droits des peuples autochtones. Ils s’articulent néanmoins autour de l’arrêt de la croissance des salaires, de l’absence d’un système de sécurité sociale et de la privatisation de l’immense majorité des ressources, y compris l’eau. Problèmes graves et persistants qui ont provoqué le rassemblement du peuple chilien, étant donné le caractère constamment réfractaire du gouvernement à prendre des mesures pour intervenir afin de réduire les inégalités entre les différentes classes sociales. La disproportion des richesses au Chili est un fait effrayant. Le 1 % de la population le plus riche contrôle environ 26,5 % de la richesse totale, tandis que les 50 % les plus pauvres n’en détiennent que 2,1 %.

 

 

 

 

Décembre 2019

 
 

 
 

 
Le Chili a enfin montré qu’il n’a plus peur et a relevé ce défi historique comme un engagement incontournable. La prédication historiquement controversée selon laquelle le Chili n’a jamais su vivre la nature rebelle propre à l’esprit des pays latins et que n’est pas encore parvenu à incarner l’alma révolutionnaire et partisane d’un peuple sans frontières et ancestralement hostile aux abus a donc été réfuté. Le chaos politique du continent sud-américain, qui s’est trouvé être victime et témoin du délire fanatique des gouvernements fascistes, paramilitaires et antidémocratiques dans la majorité de ses pays, a entrainé la genèse d’une agitation révolutionnaire endémique. C’est de là qu’il s’est enflammé ce courage pour tirer de l’entropie force, cohésion, appartenance à l’agora et amour de la Res Publica, impératifs auxquels le Chili n’entend plus renoncer, ni maintenant ni jamais.

 

 

 


 Novembre 2019

 
 

Le drame politique de l’histoire contemporaine du Chili semble peser comme une condamnation éternelle, comme une espèce de mythologique, de culpabilité héréditaire. Tout a commencé en 1973, lorsque Pinochent réalise un coup d’état contre le président en place, Salvadore Allende, alors engagé dans  une révolution socialiste et démocratique vertueuse apportant de l’espoir à un pays bien faible et en recherche d’identité.
 

Il existe de nombreuses similitudes évidentes entre le gouvernement actuel et la dictature de Pinochet, qui a transformé sur une période de 20 ans sa terre en un pandémonium néolibéral en proie à l’ingérence politique et économique des Etats-Unis, esclave de la persécution et de la censure de l’opposition. De même, le gouvernement actuel de Piñera a été le protagoniste du cataclysme politique du pays, qui se déclare en guerre contre les manifestants et envoie dans les rues des chars et des ‘’guanacos’’ équipés de bouches d’incendie.
 

 
L’indignation face à l’augmentation de 30 pesos du prix du ticket de métro a tracé le chemin inexorable de la révolution qui ne s’est plus arrêté depuis le 7 octobre dernier, et l’enthousiasme de la Plaza Italia de Santiago a contaminé tout le Chili. Un pays qui, encore aujourd’hui, est audacieusement mobilisé non seulement pour redonner dignité et espoir à un peuple proche de l’effondrement, mais de plus pour que ceux qui ont payé de leur vie l’engagement suprême d’être descendu dans la rue pour avoir vu leurs droits encore écorchés de façon dégoûtante ne soient pas oubliés dans le palimpseste de l’histoire.

 

 

 

 

Jusqu’à présent, le bilan des décès n’est pas clair, on estime qu’environ 25 personnes ont perdu la vie à partir du début de la mobilisation, de la ‘’evasion masiva’’, pour laquelle les étudiantes avaient commencé à enjamber les tourniquets du métro comme forme légitime de désobéissance civile après le supplémentaire renchérissement de la cherté de la vie.

 
De violentes répressions, tortures, assassinats ont lieu non seulement dans la capitale Santiago mais dans tout le pays, avec la complicité de la plupart des plateformes médiatiques, complices et coupables serviteurs de la loi du silence. Même les médias internationaux aujourd’hui ont essentiellement qualifié le sujet du Chili désormais inactuel et ne filtrent pratiquement plus des nouvelles sur le statu quo de la révolution et sur le sort de la médiation entre Piñera et les syndicats. La même chose s’est produite au Venezuela, qui a fait la une de l’actualité dans toute l’Europe pendant des mois, et qui est à nouveau tombé dans l’oubli journalistique, bien que la stabilité politique est à distance sidérale de la réalité.

 

 

Novembre 2019

 

Por la razòn o la fuerza“. C’est la devise du Chili. Un dogme essentiel : la raison et la loi sont et restent les vertus irrépressibles, sacrées et inaliénables de l’État. Mais le chemin de la dialectique politique est violée et ne connaît pas d’issue. Le passé est tragiquement marqué dans la mémoire et dans l’esprit des Chiliens, mais on a des raisons de croire qu’un nouvel avenir est sur le point d’être écrit, au nom de la résistance et de la liberté. ‘’30 ans, pas 30 pesos’’.

 

 

Texte : Walter Guido Rossi
Photos : (c) Maria Claudia Ardid S, sur instagram clardid.

 

 

 


Pensées . Voyage

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Fév 2020


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