Philo du mois : la mort

Par , le 2 novembre 2017.




 

 

La mort, comme cette chronique, apparaît – dans votre feed – lorsque l’on s’y attend le moins. Dans la plupart des cas évidemment. Je pense notamment à la fusillade de Las Vegas, à la mort de Hugh Hefner que je n’ai pas eu la chance de rencontrer de son vivant mais qui eut fortement influencé sur mes origines italiennes et machistes.

 

Le premier évènement nous a démontré que –malheureusement- nous n’avions pas besoin d’extrémistes importés pour influer sur le taux de mortalité de la population mondiale. Le deuxième nous prouve (une fois encore) que la valeur de vie de chacun n’est nullement égale, tout en nous indiquant cependant que personne n’est immortel. Ainsi, peu importe ce que vous accomplirez tout au long de votre vie, vous finirez dans tous les cas six pieds sous terre.

 

Si vous ressentez un choc lors d’une annonce de décès, j’imagine que c’est dû – à la surprise, évidemment, mais aussi – à la frustration ressentie par le besoin de finalité. Son absence vous renvoie inévitablement à une sensation de vide, rendant toute la démarche jusque-là effectuée durant votre vie comme privée de sens.

 

La fin sans préavis signifierait donc que l’existence – et par procuration la vie – serait dénuée d’un quelconque but. (Non pas que votre vie ait un quelconque sens…) Pourtant l’univers est infini, les mathématiques le sont aussi et, bien que la vie dans son sens individuel ne le soit pas, la vie dans le sens d’existence l’est aussi (infinie). Votre incapacité à percevoir l’indéfini serait donc votre plus grande force et votre plus grand malheur simultanément. En soit, l’infini, relativisé ici par le terme de « inconnu » est ce qui vous pousse à aller de l’avant, il vous donne envie d’en savoir plus, il vous force à vous surpasser, à explorer, à expérimenter de façon à agrandir votre culture, votre vécu, votre expérience. Il est le point commun de tous les pionniers, chercheurs et autres personnes ayant marqué l’histoire mais aussi de tout être humain ayant pu mourir heureux, ou du moins accompli. Mais l’inconnu est également ce qui a engendré les pires échecs, en vous figeant de peur, vous empêchant d’accomplir ce pour quoi vous étiez venu au monde ou vous interdisant simplement un destin que vous auriez souhaité accomplir.

 

 

 

 

La peur du vide vient probablement de là: l’inefficacité qu’a votre esprit à matérialiser ou concevoir le non-mesurable. Il y aurait donc deux types de personnes en ce monde: ceux qui sautent – se jettent à l’eau – et ceux qui restent paralysés, totalement incapables face à leur peur. La mort pourrait donc être à la fois le facteur des plus grandes vies comme des plus misérables: en étant pour certains la motivation nécessaire à un accomplissement de son vivant et pour d’autres une fatalité à laquelle nul n’échappe, rendant ainsi toutes formes d’efforts vains. N’ayant aucune preuve tangible de ce qui vous attend dans l’au-delà, vous n’avez aucune certitude que la mort soit moins agréable ou plus désastreuse que la naissance qui, elle, nous sert de porte d’entrée dans le monde que nous connaissons et dans lequel nous vivons jusqu’à notre dernier souffle. Cette pensée donne crédit à la vision de masse d’un paradis, vous offrant une vie meilleure après la vie. Cependant, l’accès à ce paradis doit être gagné en menant une vie honnête dans le monde que nous fréquentons. De plus, le suicide empêchant définitivement et irrémédiablement l’accès au dit paradis. De cette façon la société ne vous aide pas seulement à accepter la mort, mais elle vous conditionne également de sorte à vivre votre vie entièrement et jusqu’au bout selon les bonnes règles de la morale en vigueur.

 

La mort est simplement une étape de la vie, tout comme la puberté, la vieillesse, ou encore la naissance. Elle n’est d’ailleurs ni plus importante ni moins conséquente que cette dernière. Personne ne pleure un enfant qui vient au monde dans notre société (à moins qu’il ne soit le fruit d’un préservatif troué – et encore), mais tout le monde pleure la perte d’un ami, d’une connaissance, ou encore d’un collègue. La tristesse ressentie lors de la perte d’un proche est de ce fait principalement égoïste (rien de nouveau jusque là). Vous ne pleurez pas son départ, mais son absence. Si vous possédiez la preuve de l’existence d’un paradis post-mortem, vous seriez sûrement plus enjoués à l’idée de vous donner la mort lors d’étranges rites collectifs, en créant votre propre Ordre du Temple solaire, et vous célébreriez le départ de vos proches à la méthode irlandaise qui veut que vous buviez énormément de boissons alcoolisées, non pas pour supporter la perte mais bel et bien pour célébrer la vie qui fut vécue. (Même si je me doute que peu d’entre-vous ratent une quelconque occasion de lever le coude.)

 

 

Si nous vivons effectivement dans une sorte de purgatoire visant à définir si, oui ou non, nous méritons notre place au paradis, je vous conseille de vous donner la mort au plus vite, avant d’être corrompus par la vie et la société qui nous entoure. D’autant plus que si vous êtes réellement arrivés à la fin de cet article, c’est sûrement que vous êtes un peu masochistes…

 

Si même Van Gogh a abandonné c’est que la vie d’artiste est vraiment dure.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Texte & images par Andrea Picci.

 

Philo du mois : la mort Par , le 2 novembre 2017, dans Poésie, Vie à la ferme.
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