42 rue Fontaine: le Paris surréaliste d’André Breton

Par , le 30 janvier 2017.

 

 

 

Plaque au 42 rue Fontaine 75018

 

 

 

 

« J’me baladais sur l’avenue… Le cœur ouvert à l’inconnu…. »

C’est comme ça que commencent beaucoup d’histoires. Mais cette fois-ci ce n’est pas un bel inconnu que je vais rencontrer. Toujours tête en l’air, mes yeux croisent la (microscopique) place André Breton dans le XVIIIème arrondissement. Au croisement de la rue de Douai et de la rue Pierre Fontaine.

 

Intriguée depuis longtemps, malgré mon jeune âge, par ces penseurs mystiques, je me dirige un peu plus haut sur les conseils de mon téléphone intelligent, au 42 rue Fontaine. La chasse au trésor peut commencer.

 

Entre une balade à Montmartre et les foules touristiques des Abbesses, il faut descendre encore dans le « south »- Pigalle, ainsi baptisé par les actuels bobos pro-Biocoop, pour que nos pas se croisent, avec un petit décalage de 80 ans environ.

Du New Moon au Bus Palladium, on connait le potentiel électrique de Pigalle – entre sex et boîte – mais c’est le microcosme littéraire et culturel qui nous intéresse.

 

 

 

 

 

 

 

( Victor Brauner 1934 portrait d’André Breton )

 

Né en février 1896 et mort à Paris le 28 septembre 1966, Breton a eu le temps de laisser sa trace littéraire dans la France de l’entre deux guerres, partagée entre vide et plénitude culturels.

« Pionnier du surréalisme » pour beaucoup c’est dès 1919 qu’il rassemble autour de lui et pour ne citer qu’eux Aragon ou encore Paul Eluard pour créer la revue Littérature. Aussi très proche de Salvador Dali, Man Ray,… Il formera avec eux et d’autres, le mouvement surréaliste. Une belle bande.

 

 

 

 

Max Ernst « Au rendez-vous des amis » 1922.
1er rang de gauche à droite:
Ernst, Fraenkel, Paulhan, Péret, Baargeld, Desnos 2e rang : Crevel (au piano), Soupault, Arp, Morise, Eluard, Aragon, Breton, De Chirico, Gala .© Wallraf Richartz Museum Cologne )

 

 

 

Le groupe surréaliste au café de la place Blanche en 1953 © Jacques Cordonnier / © Association Atelier André Breton

 

 

 

 

 

 

Breton écrit en 1924 le Premier Manifeste du Surréalisme, dont le principe fondateur est celui de « l’automatisme psychique pur » : Kézako ? On interroge les mécanismes du rêve et de l’inconscient (sans l’enfermer dans une définition, en créant un jeu et un dialogue entre les deux). Le cadavre exquis et l’écriture automatique en restent les traces les mieux connues de nos jours.

 

 

 

 

 


MONTMARTRE ET BRETON :

Après la rupture du mouvement Dada et la période des débuts surréalistes, Breton quitte la place Blanche, et son Boulevard Clichy, au niveau des Cabarets du Ciel et de l’Enfer (dont on se rappelle les belles photos de Doisneau). Il arrive alors au 42 rue Fontaine soit juste au dessous du Théâtre de Paris.

 

Photo : 82 boulevard de Clichy (actuel Monoprix)

 

 

 

 

 

 

 

C’est dans son atelier du 42 Fontaine que vont se croiser les grands rêveurs du XIVème siècle parisien.

Des idéalistes,  penseurs politiques, artistes en tout genre s’y regroupent pour vivre un monde plus désaxé de la réalité. C’est par la rêverie, le fantasme et ses instincts bruts et gracieux que la sexualité devient une thématique indissociable des surréalistes. La notion de beau se retrouve dans la simplicité et le naturel, celui d’un corps nu ou de mots s’ils sont déshabillés de leur sens premier.

 

    

 

 

(© Sabine Weiss, SAIF, 2005)

 

 

 

 

André Breton stocke dans son appartement/atelier un véritable musée ou cabinet de curiosité : trésors de rue, œuvres d’amis mais aussi statuettes d’Ancienne société secrète Océanique période pré-coloniale….comme des papillons exotiques. C’est environ 1500 œuvres qu’il expose fièrement dans son atelier.

 

L’Emerveillement est partout et constant.  « La Beauté est convulsive » selon ses propres mots.

 

 

 

                     

 

 

 

 

 

C’est en 2005 que les dernières traces de poésie s’évaporent de la Rue Fontaine, quand sont revendus les bijoux que l’atelier contenaient, laissant les derniers curieux sur leur faim. Il n’y a plus qu’à scuter, en vain, tête en l’air, les plaques et immeubles modernes, symboles d’un temps aboli. La poésie est dans l’air.

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour les plus curieux :

https://www.youtube.com/watch?v=AQCHRa6FF

https://www.youtube.com/watch?v=1rwHcEo4JY4

42 rue Fontaine: le Paris surréaliste d’André Breton Par , le 30 janvier 2017, dans Distraction de l'esprit.
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